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PETIT HISTORIQUE DU FORT ST VINCENT. IL EST TIRE D'UN ARTICLE ECRIT PAR M. HENRI RIBIERE DANS "VAUBAN ET SES SUCCESSEURS DANS LES ALPES DE HAUTE-PROVENCE", PUBLIE PAR L'ASSOCIATION VAUBAN.

Petit historique

Pendant plus de trois cent ans, de 1388 à 1713 plus précisément, Saint-Vincent fut en première ligne de notre frontière alpine. Situé sur un point stratégique, son château dominant l’extrémité ouest de la vallée de Barcelonnette permettait de surveiller les grands chemins descendant de cette vallée vers Gap, Embrun et de contrôler les chemins vers Seyne et Digne par les « tourniquets ». Le duc de Savoie ayant rejoint la Ligue d’Augsbourg en 1690, cette même année un de ses généraux, le marquis de Parelle, descendit la vallée de Barcelonnette avec un corps de 4000 à 5000 hommes, brûla plusieurs villages, dont Saint-Vincent, et, s’approchant de Seyne, tenta de rançonner cette ville de 11500 livres payables pour partie en argent et pour partie en denrées. L’approche du régiment d’Alsace avec la milice de Provence ne lui permit pas d’arriver à ses fins et l’obligea à se retirer.

Après la seconde invasion savoyarde en 1692, bien plus importante puisqu’Embrun et Gap furent envahis, Louis XIV envoya Vauban inspecter les places des frontières alpines, dont Saint-Vincent. La décision de construire le fort actuel fut prise et confiée en 1693 à Guy Creuzet de Richerand, ingénieur du roi et nouveau directeur des fortifications du Dauphiné. L’ouvrage fut pratiquement terminé en 1696-1697. La tour située en haut de la crête du fort fut réalisée en 1696.
Vers 1830 l’entrée initiale du fort fut supprimée, maçonnée et remplacée par une porte creusée dans le redan ouest. Entre 1875 et 1880, lorsque Séré de Rivières décida de renforcer la seconde ligne de défense de la vallée au débouché vers la Durance, il fit construire en avant du village la redoute du Chaudon ainsi que les batteries du Châtelard, de la Tour et du Col-Bas. Cette dernière, construite à 2005 mètres d’altitude sur le plateau de Dormillouse, était un des ouvrages militaires les plus élevés.
Le Fort Saint-Vincent
Ce fort est élevé au sud de la partie supérieure de la crête dominant le village, sur les vestiges d’un ancien château. Il a la forme d’un losange dont l’angle nord aurait été rogné pour en faire un cinquième côté.
Front-sud-est. - Cette partie comportait à l’origine l’entrée du fort. Elle est composée d’une courtine et de deux demi-bastions à chaque bout. En avant de la courtine, le fossé avait une largeur de 10 à 12 mètres et une profondeur de 12 à 14 mètres, taillées dans le roc. Ce front était le seul muni d’un rempart, les autres n’ayant qu’un simple parapet de maçonnerie percé d’embrasures. On accédait à la porte du fort par un pont en bois, porté sur deux piles de maçonnerie. La tête de ce pont était couverte, à 12-14 mètres, d’une palissade formant une sorte de réduit fermé d’une barrière. La porte a été maçonnée et le pont détruit.

Front sud-ouest. - Cette partie, la plus exposée, pouvait être battue par le canon du revers de la montagne de Chaudon et directement de celle du Serre. Elle est de plus très accessible. Au nord de cette partie, le redan dans lequel est percée la porte d’accès actuelle (faite en 1880) est mal orienté, créant un angle mort avec le bastion sud.

Front nord-ouest. - II est composé de deux demi-bastions et d’une courtine. Les faces des bastions sont mal dirigées et ne permettent pas de défendre par les flancs. Néanmoins le relief est tel que ce front ne pouvait être battu par l’artillerie de l’assaillant et escaladé.
Front nord. - Ce front est formé d’une seule ligne. On pouvait communiquer avec la tour à hourds par une porte et un pont en bois sur pile de maçonnerie. Des modifications ont été effectuées au XIXe siècle sur cette partie du fort
Front est. - II comprend un demi-bastion au nord, puis une courtine qui rejoint le front sud-est. Là aussi l’escarpe est mal flanquée par le redan, l’angle étant trop obtus. Elle est difficilement escaladable et ne peut être battue par l’artillerie.
On peut donc dire que ce fort pèche contre les règles de la fortification en général, ses courtines étant mal défendues par les bastions, mais son emplacement est si bien choisi qu’il est difficilement prenable.
De par sa position, les fossés de ce fort ne pouvaient être noyés. Par contre, il était envisagé de détourner une source vers les marais situés au sud-est du village afin de rendre cette fortification plus inaccessible. Sa citerne d’eau avait une contenance de 180 mètres cubes, largement suffisante pour cent cinquante hommes pendant trois à six mois. La voûte de cette citerne a plus de 2 pieds à la clé et a été recouverte de terre pour minimiser l’impact de la bombe. Le fort pouvait contenir cent soixante hommes, le commandant ayant un logement séparé de la troupe qui était logée dans la partie nord. Cette dernière partie s’étage sur quatre niveaux, dans une caserne qui forme une redoute carrée crénelée. Le magasin à poudre, très vaste, était non seulement suffisant pour la garnison, mais servait de réserve pour les troupes de la vallée de Barcelonnette. Ce magasin se trouve dans le souterrain avec la salle d’armes. Les hommes étaient logés au rez-de-chaussée et aux premier et deuxième étages. Sous le logement du commandant se trouvait le four à pain et le magasin à vivres. Cet ensemble construit sur un éperon rocheux n’était pas en danger de la mine.
Ce fort, pour sa structure étagée sur cinq niveaux, ses nombreux souterrains et surtout sa position idéale, présente un intérêt réel pour la représentation de l’architecture militaire de montagne.


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La tour à hourds
Cette tour ronde à hourds, bâtie en 1696, servait de retraite à une garde de douze à quinze hommes qui pouvaient surveiller le grand chemin de Barcelonnette et s’opposer à l’établissement de l’ennemi sur la crête. Elle est située à mi-chemin entre le fort et l’extrémité nord de la plate-forme rocheuse qui surplombe l’Ubaye. Elle avait une élévation de 16 pieds, à hauteur des hourds, et était recouverte d’une toiture en bois. À l’origine on y accédait par une échelle que l’on retirait dès que les défenseurs étaient dans la tour. C’était plus une tour de guet et d’alerte que de défense. La communication avec le fort se faisait à découvert, donc uniquement de nuit, si l’ennemi occupait les hauteurs environnantes.